Eşref Sencer Kuşçubaşı

Né à Istanbul en 1883, son père, Mustafa Nûri Bey, était un gradé ottoman (« kuşçubaşısı » ou fauconnier. Cependant cette distinction honorifique semblerait auto-attribuée (1)) pendant l’époque du sultan Abdulaziz, prédécesseur de Murad V puis d' Abdulhamid II. Il gardera en guise de nom de famille ce titre de kuşçubaşısı. Sa famille est liée à la branche Ubykh des Circassiens du côté du père, ainsi que du sultan Sencer du côté de la mère. Eşref a grandi à Beşiktaş, où il a fréquenté les écoles locales avant d'entrer au lycée militaire de Kuleli. En raison de son rôle dans une bagarre entre étudiants, Eşref fut renvoyé du lycée militaire d'Edirne (Andrinople), avant de retourner à Istanbul et de fréquenter brièvement l'Académie militaire de Harbiye.

Sultan Abdulaziz, prédécesseur de Murad V puis d' Abdulhamid II.

Exilé en 1905 dans le Hedjaz avec son père par Abdulhamid II pour avoir pris parti pour le mouvement révolutionnaire des “jeunes turcs” et marqué son opposition à Abdulhamid II lors de sa dernière année à l’école militaire. Il est resté enfermé à ta’if pendant un an avant de s’échapper à l’aide de son frère Selim Sâmi Bey. Il s’intègre parmi les tribus arabes du Najd et apprend l’arabe ainsi que les coutumes tribales locales.

Eşref Sencer Kuşçubaşı en tenue traditionnelle du Hedjaz (actuelle arabie saoudite)

Il refait rapidement surface en attaquant une caravane de pèlerinage impérial se dirigeant vers la Mecque afin de financer  sa lutte. D’autres officiers et civils ottomans exilés l'aideront dans cette attaque. Plus tard, il kidnappe le fils du gouverneur ottoman de Médine en plein jour sur la place publique. Il affirmera plus tard que ses actes étaient des tentatives d’engendrer des émeutes au nom de la « liberté » (terme souvent employé chez les partisans des jeunes turcs) contre le calife Abdulhamid II. Cependant, du point de vue d’Istanbul, tout cela fut considéré comme  actes de banditisme.

Calife ottoman Abdulhamid II. 1842 - 1909.

Malgré tout, il sera quand même réintégré dans l’armée en 1906 où il sera affecté à Izmir dans les forces de gendarmerie. L’acceptation forcée du constitutionnalisme par Abdulhamid II dans une période où les jeunes turcs ont énormément d’influence, aura très certainement aidé à cette réintégration ainsi que son amnistie totale.

Avant la révolution de 1908, Eşref a mené des activités pour İsmail Enver Pacha (1881–1922), d'abord dans les Balkans et plus tard à Istanbul. Sa première vraie chance de se faire un nom est venue avec la guerre en Libye en 1911. Engagé en tant que volontaire, Eşref est en charge du commerce d'un groupe de dignitaires musulmans internationaux, bien connus à travers l'Egypte sous contrôle britannique. Ainsi, il a servi avec Mustafa Kemal (1881–1938) (Atatürk) et d'autres officiers d'importance historique. Redéployé à cause de la menace plus importante posée par la première des deux guerres des Balkaniques en 1912, Eşref est de nouveau affecté à la défense d' Istanbul. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre des Balkans, Enver Pacha a chargé Eşref de diriger une force de reconnaissance derrière les lignes bulgares,  en vue de la tentative de reprendre Edirne. Il fut ensuite envoyé en territoire bulgare avec Süleyman Askerî (1884–1915) et le frère d'Eşref, Selim «Hacı» Sami (1887–1927), où il fit partie de la direction d'un mini-État séparatiste appelé le gouvernement indépendant de l'Ouest de Thrace ; une entité qui a duré moins de deux mois avant d'être négociée, puis rattachée par Istanbul en échange du maintien d'Edirne.

Ismail Enver Pasha 1881-1922. Chef de la révolution Jeunes-Turcs, puis ministre de la Guerre de l'Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

La grande guerre :

 

L'Empire ottoman, dépendant des tactiques asymétriques développées en Libye et dans les Balkans, entre dans la Grande Guerre non préparée.

En tant que membre clé de la Teşkilât-ı Mahsusa (organisation d’espionnage), Eşref fut impliqué dans diverses campagnes, y compris des tentatives ottomanes de franchir le canal de Suez. Enver pasha lui confiera comme mission de livrer de l'or et du ravitaillement aux forces ottomanes au Yémen,  coupé du reste de l'empire par le déclenchement de la révolte hachémite dans le Hijaz (arabie saoudite) ; les forces Britanniques ayant réussi à créer une guerre intestine entre les Turcs et les arabes dans l’empire, avec l’aide de Lawrence d’Arabie.

En 1917, son unité à été prise en embuscade en Arabie. Après avoir combattu pendant plus de cinq heures avec une unité de 40 personnes de l'Organisation spéciale contre 20 000 soldats de Faysal (qui deviendrait plus tard le roi d'Irak) à Khaybar, il fut capturé et blessé. Après un long interrogatoire, les autorités britanniques qui l’avaient récupéré auprès de leurs alliés arabes, l'ont envoyé dans un camp de prisonniers où il sera escorté d'un navire de guerre et d'un sous-marin vers Malte.

Pendant son exil, il écrit un ouvrage décrivant son aventure en Arabie, sa capture et les détails de sa vie d'exil. Là, il a séjourné le reste de la guerre avant de retourner à Istanbul au début de 1920.

Eşref Sencer Kuşçubaşı en poste en arabie face au britanique Thomas Edward Lawrence

Après avoir été capturé, il dit à Lawrence d’Arabie: "Lawrence, tu crois que tu as gagné, mais rien n'est encore terminé ! J'infligerai de tels malheurs à ton gouvernement que tu ne pourras pas le préserver même si tu essayes pendant 2 siècles." Il sera libéré conformément à l'accord d'échange de prisonniers signé avec les Britanniques.

Soldats britanniques, Istanbul 1918. Fin de la première guerre mondiale

Fin de la première guerre et début de l’invasion Grecque et des guerres d'indépendance.

 

Suite à la défaite de l’empire ottoman lors de la première guerre mondiale, Enver Pasha le ministre de la guerre et soutien d’ Eşref, désormais exilé en Allemagne, sera condamné par contumace par le nouveau sultan sous contrôle des jeunes turcs pour avoir entrainé l’empire dans la guerre sans motif légitime, et d’être responsable du génocide Arménien. De retour en Turquie, Eşref établit des contacts avec ses collègues officiers de l'organisation spéciale « Teşkilat-ı Mahsusa », alors concentrés à organiser le mouvement de résistance s'étant formés en réponse à l'occupation britannique et française d'Istanbul et à l'invasion grecque de l'Anatolie occidentale. En 1920, il combat l'invasion grecque à Kuva-yi Seyyare avec Çerkez Ethem (voir Demerci Mehmet Efe), qu'il a lui-même soutenu activement. Les réalisations de Kuvâ-yi Milliye (milices turques) autour d'Adapazarı lui ont été attribuées. Mustafa Kemal  joue un rôle de plus en plus important dans la coordination de ces efforts nationalistes depuis Ankara et nomme Eşref comme commandant régional pour la zone autour d'Adapazarı et Bolu à l'est d'Istanbul.

Çerkez Ethem 1886 - 1948 Chef des milices Turques lors de l'invasion d'Izmir

Cependant, avide de pouvoir, comme beaucoup de ses contemporains engagés dans une lutte isolée du pouvoir d’Ankara, les tentatives d'Eşref pour imposer sa volonté à la population locale et à ses dirigeants circassiens se retournèrent contre lui, et Eşref fut contraint d'abandonner son commandement. L’action d’Eşref sera évidemment dévoyée aux yeux d’Ankara et il sera rapidement relégué à un rôle moins important. Pendant ce temps, Ankara a bloqué le retour d'Enver pacha alors exilé en Allemange. En Anatolie, Kémal a commencé à inverser la tendance contre les forces grecques.

Lorsqu'il fut clair qu'Enver ne reviendrait pas, et qu'Ankara se méfiait d'Eşref pour ses tentative de prise en pouvoir, il suivit le chemin de son camarade circassien Çerkes Ethem (1883–1949) loin du mouvement d'Ankara. En 1920, ils passèrent à l’ennemi Grec, effectuant ainsi une rupture totale avec Ankara ; ce qui scellera leur sort avec la République turque, bientôt  établie, et dont elle s’assura de leur statut  d '«ennemi de la nation». Les dernières années de la vie de Eşref ont été vécues dans une relative obscurité. Après avoir été impliqué dans un mouvement sporadique et largement inefficace visant à résister à Ankara, Eşref est entré dans une longue période d'exil, d'abord en Grèce puis en Egypte à Alexandrie. Bien qu'il ait été banni de la République turque en 1923, il fut autorisé à revenir après l'arrivée au pouvoir du Parti démocrate aux élections de 1950. Il passa ses dernières années avec sa famille en Anatolie occidentale, travaillant sur ses mémoire, et en visitant et correspondant avec ceux de ses anciens compagnons d'armes qui étaient encore en vie.

Eşref Sencer Kuşçubaşı le 10 Juillet 1935

Il est décédé en 1964. La tombe se trouve à Aydın, sur la route Söke-Kuşadası, Yaylaköy, à côté du cimetière Caferli Granta.

(1) Affirmation remise en question (POLAT SAFI Eşref Kuşçubaşı Alternatif Biyografisi ed kronik)

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